La nouvelle vision de l’île de Lampedusa. Entre tourisme, accueil et désaisonnalisation
- 11 juin
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Depuis toujours symbole de frontière et d’accueil, Lampedusa continue de construire une nouvelle image d’elle-même, de plus en plus tournée vers un tourisme authentique, durable et international. Cette transformation est portée par Gianluca Cucina, président du Consorzio Lampedusa Island, une structure créée en 2026 afin de promouvoir le territoire à travers la collaboration entre les entreprises locales.

Gianluca Cucina
Quand le consortium a-t-il été créé et quelles réalités rassemble-t-il ?
« Le consortium est né en 2026 et réunit aujourd’hui une vingtaine d’entreprises, ainsi que plusieurs structures affiliées. Il rassemble des établissements touristiques, des hôtels, des restaurants, des services de location et des centres de plongée. En pratique, tout ce qui peut contribuer à offrir aux visiteurs une expérience de vacances complète. »
Quelle est la mission du Consorzio Lampedusa Island ?
« La mission principale du consortium est de promouvoir le territoire en créant des synergies entre les entreprises locales. Nous croyons beaucoup à la force du collectif : là où il y a de la collaboration, il y a de la force. Notre travail consiste à valoriser la véritable identité de Lampedusa, non seulement à travers ses paysages extraordinaires, mais aussi grâce à l’accueil de ses habitants, à sa culture et à sa tradition gastronomique. L’un des objectifs fondamentaux est également la désaisonnalisation du tourisme, afin de prolonger la saison et de faire connaître Lampedusa au-delà du marché italien. »
Vous êtes également entrepreneur dans la restauration. Comment est né votre parcours ?
« En 2018, j’ai fondé un premier consortium administratif dédié aux restaurants de plage et aux établissements balnéaires. Parallèlement, je gère aussi le restaurant Portu Ntoni, où ma mère continue de préparer des plats typiques de Lampedusa. Notre cuisine est entièrement faite maison et repose sur une passion authentique, transmise avec amour et simplicité. »
Aujourd’hui, le tourisme étranger reste encore limité. Travaillez-vous à une plus grande ouverture vers l’international ?
« Oui, actuellement la présence de touristes étrangers reste encore faible. C’est pourquoi l’un des principaux objectifs du consortium est de s’ouvrir aux marchés internationaux, notamment ceux du nord de l’Europe. Nous souhaitons promouvoir Lampedusa pendant les mois d’automne, jusqu’en novembre, lorsque dans de nombreux pays européens le climat ne permet plus les vacances balnéaires. Nous travaillons pour que l’île soit perçue comme une destination idéale non seulement en été, mais aussi durant les saisons intermédiaires. »
Quelle importance accordez-vous à la collaboration entre institutions et acteurs du territoire ?
« Elle est fondamentale. Une coopération étroite entre institutions, collectivités locales, associations professionnelles, entreprises et consortiums est indispensable. C’est uniquement en travaillant ensemble qu’il est possible de construire une image forte et crédible de l’île. Le travail autour de l’aire marine protégée représente également un élément important : le message que nous voulons transmettre est celui d’une île authentique, où l’on peut vivre des expériences uniques, se détendre et découvrir Lampedusa à 360 degrés. »
Au fil des années, le phénomène migratoire a fortement influencé l’image de l’île. Les choses évoluent-elles aujourd’hui ?
« Oui. Avec le temps, on a compris que le phénomène migratoire ne représente pas nécessairement une limite pour Lampedusa. Cela fait partie de notre histoire contemporaine, mais l’île ne peut pas être racontée uniquement à travers les tragédies. Lampedusa, c’est aussi l’accueil, l’amour de sa terre, la nature, les vacances et le bien-être. Ici, les gens viennent pour déconnecter et vivre une expérience différente. On dit souvent : “À Lampedusa, on allume le cœur et on éteint l’esprit.” »
La question des liaisons reste-t-elle centrale pour le développement touristique ?
« Absolument. Les liaisons ont un impact considérable sur le développement économique de l’île. L’aéroport représente notre principal moteur. Nous avons la chance de disposer de cette infrastructure, mais il faut travailler en synergie avec les compagnies aériennes, la société de gestion aéroportuaire et le territoire. Tout commence par les connexions : si les vols augmentent et que des offres adaptées sont mises en place, le tourisme progresse également. C’est un travail qui demande des investissements, de la promotion, une présence dans les salons internationaux et des campagnes publicitaires. »
Travaillez-vous également à des événements et initiatives culturelles pour valoriser l’île au-delà de l’été ?
« Oui, car concentrer tout le tourisme sur les seuls mois de juillet et août signifie surcharger Lampedusa. En été, l’île atteint des niveaux de fréquentation très élevés et cela influence aussi l’expérience des visiteurs. Prolonger la saison permet au contraire de découvrir Lampedusa de manière plus authentique et plus apaisée. Les visiteurs repartent avec un souvenir plus profond. La meilleure publicité reste le bouche-à-oreille et c’est précisément pour cette raison que nous voulons faire connaître davantage la destination, notamment en France et à l’étranger. »
La gastronomie locale représente-t-elle un élément important de l’identité de l’île ?
« Certainement. La culture œnogastronomique constitue un patrimoine essentiel. Chaque territoire italien possède ses propres traditions et Lampedusa ne fait pas exception. Parmi les spécialités typiques, on trouve la sauce aux rougets avec fenouil sauvage et pignons, ainsi que le couscous de mérou. Historiquement, l’île a toujours eu une forte tradition liée à la pêche : thon, maquereau, poisson bleu et conserves à l’huile font partie de notre identité. Dans les années 1980, Lampedusa comptait plus de vingt industries liées à la pêche et le travail des éponges était également très développé. Puis, avec le temps, le tourisme a progressivement pris le dessus. »
Aujourd’hui, de nombreuses familles issues du monde de la pêche se sont reconverties dans le tourisme ?
« Oui, cela s’est fait naturellement. Si autrefois le père était pêcheur, aujourd’hui le fils ou le petit-fils devient souvent entrepreneur touristique. C’est une évolution qui reflète le changement économique de l’île. »
Depuis quelques années, on parle beaucoup de tourisme expérientiel. Que signifie-t-il pour Lampedusa ?
« Lampedusa se prête parfaitement à ce type de tourisme, surtout pendant les mois d’automne. Il suffit de penser aux levers et couchers de soleil, ou encore au contact direct avec la nature. Ce sont des voyages qui permettent réellement de se détendre, de se retrouver soi-même et d’entrer en harmonie avec l’environnement. Ici, le temps ralentit et la vie retrouve un rythme plus authentique. »
Quel message souhaiteriez-vous transmettre aux visiteurs ?
« J’aimerais inviter les personnes à venir à Lampedusa pour vivre réellement l’île, comme le font les habitants. C’est un endroit à taille humaine : en cinq minutes, on peut aller partout, il n’y a pas de stress et le temps semble s’arrêter. Ici, on respire encore un véritable sentiment de liberté et de simplicité. »
Michela Secci



