Eugenia Pinna, le tissage sarde devient design contemporain
- Rivista LA VOCE

- 26 janv.
- 4 min de lecture

Il y a des rencontres qui peuvent changer une vie. Pour Eugenia Pinna, designer textile originaire de Nule (SS), tout a commencé en 1985, lors d'une visite à Pesaro d'une exposition du Bauhaus consacrée aux textiles. C'est là qu'elle a eu une révélation décisive : dès ce moment, elle a su que le tissage était sa voie.
Après des années d'études, de recherche et d'expérimentation, son nom est désormais associé à un langage créatif original, né directement du métier à tisser et capable de réinterpréter la tradition textile sarde de manière contemporaine.

L'exposition “À la recherche d'un designer textile”, organisée par Ilisso avec l'historien du design Anty Pansera et l'anthropologue Cosimo Zene, en est un exemple significatif. Elle présentait les grands tapis créés par Eugenia pour Spazio Ilisso entre 2019 et 2022. Dans les 31 projets exposés, le métier à tisser vertical typique de Nule devient un outil de recherche, alliant rigueur du design et savoir-faire artisanal transmis de génération en génération. Des tapis aux accessoires d'ameublement, les œuvres d'Eugenia se distinguent par le choix des matériaux : laine sarde, lin, raphia, et par le dialogue constant qu'elles établissent entre passé et futur, technique et créativité, artisanat et design. Ces dernières années, ils ont conquis un public international, arrivant à la biennale d'art Révélations à Paris, apportant avec eux un témoignage authentique de la culture sarde.
Dans cet entretien, Eugenia Pinna nous parle de son choix de faire du tissage une vocation et un métier, de son style, de ses matières de prédilection et des défis.
Comment est né ton intérêt pour le design textile ?
« Tout a commencé en 1985, lors d'une visite à Pesaro avec une amie. J'y ai vu l'exposition “Le tissage du Bauhaus 1919/1933”. Un déclic s'est produit dans ma tête et dans ma vie. Ce moment a été décisif. J'ai ensuite eu l'opportunité d'intégrer l'Institut européen de design, et tout s'est enchaîné. Après quatre ans de formation, j'ai décidé d'investir dans cette carrière, même si, à l'époque, en Sardaigne, ce n'était pas facile.»
Qui ont été tes maîtres ?
« Il y en a beaucoup, mais surtout, je suis né dans un endroit que je qualifierais de “mine d'or”. Enfant déjà, j'étais très curieuse et j'apprenais tout vite. J'ai toujours eu la chance d'apprendre en observant et en expérimentant.»
Comment décris-tu ton style ?
« Mon style est né presque par hasard, fruit d'une étude approfondie de la technique. Mes créations naissent sur le métier à tisser, à partir d'échantillons que je réalise. C'est la structure technique qui se transforme en design, composition et couleur. De là, tout ce que je crée prend forme.»
Quelles sont tes matières préférées ?
« J'ai beaucoup expérimenté, mais aujourd'hui, je travaille principalement avec la laine sarde - une matière locale, rugueuse, chaude, résistante et élastique - associée au lin, au raphia et à la laine tissée, qui créent ensemble des contrastes intéressants. A côté des tapis, j'ai créé des produits textiles, des panneaux décoratifs, des sacs, des coussins : des objets plus facilement commercialisables.»
Quel est ton lien avec la tradition ?
« La tradition reste ma référence. Ces dernières années, j'ai mené des recherches qui mènent à l'évolution, mais je n'arrive pas toujours à le communiquer aux personnes avec qui je travaille. L'expérimentation est fondamentale pour moi : je découvre de nouvelles techniques, même venues de pays lointains, qui s'intègrent parfaitement aux techniques traditionnelles de mon pays et deviennent enrichissantes. Je reste fidèle à la tradition et aux matériaux locaux et naturels, avec des couleurs issues de plantes endémiques qui restent les piliers de cet art.»
Qu'a représenté ta participation à la Biennale d’art Révélations à Paris ?
« Je suis venue à Paris en postulant auprès de l'Agence ICE, et j'ai été sélectionnée. Cette année, l'Italie était l'invitée d'honneur, ce qui était encore plus important pour moi. C'était une formidable opportunité d'échanges internationaux, de comparaison et de croissance personnelle, une bouffée d'air frais. De plus, mon fils m'a accompagnée pour la première fois et m'a été d'une grande aide ; pour moi, c'était une source de joie et de fierté.»
As-tu rencontré des personnes intéressantes ?
« Oui, lors de l'inauguration, j'ai rencontré l'ambassadrice d'Italie, Emanuela d'Alessandro, qui a beaucoup apprécié mon travail. Parmi les nombreux participants, j'ai rencontré des artistes sud-américains et initié des échanges intéressants. Les contacts ont été nombreux et précieux, il faut maintenant les cultiver.»
Et concernant l'Exposition universelle d'Osaka ?
« J'ai été sélectionnée par la Région Sardaigne pour représenter l'île lors de la semaine consacrée à la Sardaigne dans mon secteur, et pour y faire une démonstration en direct, avec neuf autres représentants de l'artisanat d'art sarde.»
Quels conseils donnerais-tu aux jeunes qui souhaitent se lancer dans ce métier ?
« Ce n'est pas seulement un métier manuel, c'est un métier intéressant et stimulant sur le plan créatif, qui exige passion et dévouement. Il englobe un large éventail de compétences et d'aptitudes, mais nécessite également un soutien institutionnel pour susciter l'envie de se lancer dans le tissage. Je conseillerais aux jeunes d'être ouverts à l'expérimentation, d'étudier et d'approfondir les techniques traditionnelles, mais aussi de rechercher de nouvelles pistes créatives. De plus, il ne faut jamais cesser de croire en soi et en son talent.»

Michela Secci



