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Lampedusa au-delà de l'urgence : le défi de Filippo Mannino

  • il y a 3 jours
  • 4 min de lecture

Filippo Mannino – Maire de Lampedusa et Linosa


Depuis des années, Lampedusa est au centre de l’actualité internationale. Terre d’arrivée, symbole d’accueil, mais aussi destination prisée pour ses eaux cristallines et sa nature sauvage, l’île vit chaque jour le difficile équilibre entre urgence et normalité.

Depuis 2022, la mairie de Lampedusa et Linosa est dirigée par le maire Filippo Mannino, confronté à des défis administratifs, sociaux et humains d’une extraordinaire complexité. Après des années difficiles, marquées par des problèmes économiques et des chantiers publics à l’arrêt, la commune tente aujourd’hui de se reconstruire. Mais gouverner un territoire au cœur de la Méditerranée signifie aussi faire face quotidiennement au phénomène migratoire, souvent vécu par l’île comme une responsabilité qui dépasse les frontières italiennes et devrait concerner l’ensemble de l’Europe.

Entre tourisme, projets de relance, volonté de désaisonnaliser l’offre touristique et attente de la visite du Saint-Père prévue le 4 juillet prochain, le maire raconte le visage authentique d’une île qui continue de tendre la main à ceux qui arrivent de la mer, sans renoncer à son identité ni à l’espoir d’offrir un avenir meilleur à sa jeunesse.


                                                  

Monsieur le Maire, depuis 2022 vous dirigez la commune de Lampedusa et Linosa. Quel bilan faites-vous de ces premières années de mandat ?

« Les premières années ont été très difficiles, surtout sur le plan administratif. Nous avons trouvé une commune pratiquement au bord de la faillite financière, avec des travaux publics bloqués et de nombreuses difficultés à affronter. Après trois années de travail intense, nous avons réussi à remettre les comptes en ordre et aujourd’hui plusieurs projets et services importants, notamment dans le domaine social, peuvent enfin voir le jour. Nous travaillons bien, même si cette commune reste complexe à gérer, car nous sommes confrontés chaque jour à un problème qui devrait être européen mais qui, trop souvent, repose uniquement sur l’Italie : celui de l’immigration. »


Que représente, sur le plan personnel également, la gestion d’une île comme Lampedusa ?

« Cela demande énormément de sacrifices. Il n’y a presque plus de vie privée, presque plus de temps personnel. Mais il y a aussi des satisfactions immenses. Lorsque nous inaugurons une école et que nous voyons le sourire des enfants heureux de découvrir une nouvelle structure, tous les sacrifices sont récompensés. Ce sont des moments qui donnent du sens et de la force à notre engagement.»


L’immigration fait désormais partie du quotidien de l’île. Quel impact cela a-t-il sur la communauté ?

« Nous avons appris à vivre avec cette réalité. Aujourd’hui, nous pensons que ce que nous faisons a une immense valeur humaine, parce que nous aidons des personnes qui nous tendent la main et demandent secours. Nous sommes au milieu de la Méditerranée : lorsqu’il y a une embarcation avec des enfants en danger de mort, nous ne pouvons pas détourner le regard. Cela ne fait pas partie de notre culture de l’accueil et de la solidarité. »


                                                    Porte d’Europe


Ces derniers mois, sentez-vous un soutien plus important de la part de l’Europe ?

« Oui, depuis quelques mois, quelque chose semble changer. Après la visite de la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, nous avons perçu une attention plus forte. Il semble que les aides commencent enfin à arriver. »


Qui choisit aujourd’hui Lampedusa comme destination touristique ?

« Nous avons depuis toujours beaucoup de touristes venant du nord de l’Italie, mais depuis l’année dernière nous voyons également augmenter le nombre de visiteurs provenant d’Europe centrale et du nord de l’Europe. C’est un signal important pour l’avenir de l’île. »


Travaillez-vous également à désaisonnaliser le tourisme ?

« Absolument. Nous voulons développer un tourisme qui ne soit pas uniquement balnéaire. L’île offre bien davantage : des paysages, une nature préservée, une culture, des expériences authentiques. Je pense que nous pourrions travailler sept à huit mois par an, et c’est précisément la direction que nous voulons suivre. »


Reste-t-il encore de nombreux défis à relever ?

« Oui, énormément. Nous devons nous améliorer sur de nombreux aspects. Et puis il y a deux îles différentes à valoriser : Lampedusa et Linosa. Linosa, par exemple, est totalement différente de Lampedusa. Lampedusa appartient à la plateforme continentale africaine et présente un paysage plus aride et sauvage ; Linosa, en revanche, est volcanique, verdoyante et appartient géologiquement à la plateforme sicilienne. J’invite tout le monde à les découvrir. »

                                              

La plage des lapins


Concernant les liaisons, est-il facile de rejoindre les îles ?

« Été comme hiver, Lampedusa est reliés quotidiennement à Palerme et Catane. De plus, de mai jusqu’à la fin octobre, des vols directs existent depuis les principales villes italiennes comme Milan, Rome, Bologne, Vérone ou Naples… Les liaisons sont essentielles, tant pour le tourisme que pour la vie quotidienne des habitants. »


Quel message souhaitez-vous adresser à ceux qui choisissent Lampedusa, au-delà d’une simple destination de vacances ?

« Lampedusa est une île qui sauve. Elle accueille les touristes qui viennent ici se ressourcer et découvrir un lieu extraordinaire, mais elle sauve aussi des personnes en quête d’espoir et d’une possibilité de vie meilleure. C’est notre identité la plus profonde. »



Une visite très importante est prévue en juillet…

« Oui, le 4 juillet nous attendons le Saint-Père. L’année dernière, je lui avais écrit une lettre pour lui demander de penser à nous dans ses prières et de bénir ceux qui arrivent, ceux qui partent et ceux qui vivent sur l’île. Cette année, il viendra personnellement nous apporter cette bénédiction. »


Un lieu sera-t-il également dédié au Pape François ?

« Oui. Le quai Favaloro, lieu symbolique où arrivent les migrants, sera inauguré le 4 juillet par Pape Léon XIV et sera dédié à Pape François. Lorsqu’il était venu ici en 2013, il avait parlé de la “mondialisation de l’indifférence”. Nous avons voulu lui dédier ce quai en signe de reconnaissance et de mémoire. »


Que faites-vous pour les jeunes de l’île ?

« Beaucoup de jeunes partent, et c’est presque un choix obligé. Moi aussi je l’ai fait : après le lycée, j’ai quitté Lampedusa pendant environ dix ans, j’ai étudié à l’université et travaillé comme avocat à Rome. Puis j’ai choisi de revenir pour aider ma terre. Notre objectif est de créer de meilleures conditions afin que les jeunes aient davantage d’opportunités et puissent, un jour, choisir de revenir. »


Michela Secci


 

 
 
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